Chers lecteurs, l’année 2020 risque d’être chargée pour nos amis les mutants. Un énième numéro 1, à la suite de l’adaptation en VF des deux séries House of X et Powers of X et une sortie officielle (enfin !) des New Mutants au cinéma, l’actualité des protégés du Professeur Xavier va être pléthorique. Mais c’est avec un bon en arrière dans le temps que celle-ci débute, avec la réédition d’un récit majeur, Dieu crée, l’homme détruit. Un récit ancré dans son temps, solennel et cruellement réaliste.

L’Aqme de Chris Claremont

Il est de notoriété publique que Chris Claremont a relancé les X-Men, à la suite de Len Wein, dans les années 70/80, pour un run qui aura duré au final… 16 ans ! Des arcs majeurs, comme le Phénix Noir, une collaboration mythique avec John Byrne…. Si les mutants ont bénéficié de l’exposition qui est la leur depuis le début des années 2000, c’est en grande partie grâce à ce duo qui a donné un propos plus adulte, plus réaliste à une thématique majeure qui est le centre même du propos de l’équipe… la différence et l’acceptation de celle-ci.

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La question mutante est ici le propos central

Il me semble nécessaire de faire un aparté contextuel ici. Le récit dont je vais vous parler a été publié pour la première fois en 1982, lors d’une période que l’on  nomme habituellement la révolution conservatrice aux Etats-Unis, suite à l’élection de Ronald Reagan à la présidence, qui occupera la Maison Blanche de 1980 à 1988. Relance de la Guerre Froide, repli sur les valeurs fondamentales avec la religion en tête, patriotisme exacerbé… Les tensions sur le plan géopolitique global s’en sont trouvées ravivées, mais aussi sur le plan social, terrain idéal pour le propos de l’oeuvre qui nous occupe aujourd’hui, même si ce qui fait la force de ce récit, reste son intemporalité. On écrit quelque chose dans un contexte, sa postérité permet de l’en détacher.

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Equipe resserrée pour cette histoire, mais vue la tournure du récit, c’est presque un détail

L’envoyé de Dieu

Pour en revenir à la thématique de la différence, évoquons le synopsis, qui, plus de vingt ans plus tard, inspirera le scénario du film X-Men 2, et le nom de l’antagoniste principal de celui-ci, William Stryker. Ce dernier, militaire dans le film de 2003, devient ici un révérend prédicateur, évangéliste, et n’ayons pas peur de le dire, extrémiste. Leader d’un culte qui s’apparente presque à une secte, suivi de milliers/millions d’adeptes qui le reconnaissent comme le messie, l’ecclésiastique, au fur et à mesure de ses diatribes et de ses nombreux sermons n’aura de cesse de pointer le « problème mutant ».

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Pas d’Apocalypse ou autre tyran d’une dimension parallèle, l’adversaire est un homme, juste un homme

 

 

Dénégation de l’humanité, injure à la création du tout puissant, le révérend, par ses mots mais aussi sa force frappe économique tourmentera en permanence le Professeur Xavier et ses ouailles, qui n’aura d’autre choix que de courber l’échine devant celui qui mobilise / manipule les foules, tant réticentes devant ce qui est différent voire inquiétant.  Et c’est l’une des forces de ce récit, l’opposition des mutants est constituée d’humains et rien que d’humains. L’humanité est-elle, au final, le plus grand adversaire des X-Men ? Possible, étant donné que le nemesis principal des mutants, Magneto, jouera les alliés de circonstance pour cette fois. Ce n’est pas du spoil, il vous suffira de lire les premières pages pour vous en rendre compte.

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Magneto pète la classe as usual

La force de ce propos est amplifiée par la possibilité pour le lecteur de faire le parallèle avec toutes les formes de discriminations : homosexualité, couleur de peau, liberté de culte… L’utilisation du terme « Mutos » fera certainement écho au « N Word » dans la cause afro-américaine, ce qui, sur les premières planches de l’album aura tôt fait de brouiller les pistes. Chacun pourra s’identifier, et être touché par la vision de l’humanité dans ce qu’elle a de pire, la colère et la peur dans tout leur aveuglement, incapable de laisser sa place à l’autre, pour la simple et bonne raison qu’il n’est pas comme nous. L’ignorance fait ici foi, mais aussi l’hypocrisie, pour des motifs que le lecteur saura découvrir.

Matière à penser

Si vous savez passer sur l’aspect graphique que certains trouveront dépassé (moi personnellement j’adore), fruit de la collaboration de Claremont avec Brent Anderson et le côté assez « verbeux » du récit (aucune splash page, découpage omniprésent), vous apprécierez ce récit unique, une vraie graphique novel, certes courte mais marquante et qui, à coup sûr, vous donnera matière à réfléchir, sur vous, sur l’humain, sur nous… En des temps très troublés dans le rapport à l’autre, aux autres, où la différence et le mélange n’ont jamais été aussi centraux, cette oeuvre justifie son statut, et cette réédition est la bienvenue. Jetez vous dessus, vous en tirerez forcément quelque chose.

 

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