Cher lecteur, il est de notoriété publique, que sur l’Atelier, on ne cache plus notre passion et notre admiration pour l’auteur canadien Jeff Lemire. Que ce soit Martin intarissable sur Sweet Tooth, ou Tony qui nous avait parlé de l’event autour de la série Black Hammer ici, on aime beaucoup celui qui est, à l’heure actuelle, capable de produire des œuvres majeures dans tous les domaines. Pour ma part, c’est aujourd’hui sur Royal City que j’aimerais m’attarder, le tome 3 venant de sortir, mettant ainsi fin à cette série, qui m’aura énormément marqué.

Avant propos : je me dois de prévenir les non-initiés, on est ici aux antipodes du comic book tel qu’on le connaît. Pas de super-héros body-buildés aux pouvoirs démesurés affrontant des monstres issus de je-ne-sais quelle dimension, pas de quêtes initiatiques (quoique) révélant la face du monde à un héros dont-c’est-le-destin. Ici, la volonté  est de laisser une large place à une ambiance intimiste, personnelle, parfois froide, toujours tendue, mais désespérément humaine, qui a pour premier attrait et force de nous renvoyer à notre propre vécu. Tout sonne ici extrêmement authentique, et c’est cela qui donne ses lettres de noblesse à Royal City, en prenant soin au passage de s’appuyer sur les thématiques récurrentes de l’auteur, à savoir la famille dysfonctionnelle et la ville.

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Royal City, sa grisaille, ses usines qui ferment, ses familles déchirées…

Famille Nucléaire

Car Royal City c’est avant tout une ville éponyme, et une famille, les Pike, marquée par un événement dramatique surgit dans le passé. Ici le cadre est celui d’une ville standard qui rappelle bien volontiers Smallville ou encore Rockwood (lire Black Hammer du même auteur), coincée entre le besoin de modernité et de s’adapter au monde qui change, et un passé industriel très Midwest, qui laisse ses anciens, ses travailleurs et ses ouvriers sur le carreau, créant des tensions et des conflits au sein même de la famille Pike. D’ailleurs cette famille et les personnages qui la composent, sont à mon sens le point le plus fort dans l’écriture de Royal City. Galerie de portrait garantie sans spoilers.

« Au moins elles, je pouvais les réparer »

Chaque individu, sans être archétypal, correspond à ce que nous représentons dans une fratrie ou une filiation, à l’image qu’il se fait des autres, au rapport qu’il entretient au passé, le tout entrecoupé de flashbacks nous emmenant au début des 90’s, donnant une dimension quasi synésthésique à cette oeuvre. Car Royal City est un comics qui s’écoute ! On le constate au travers des nombreux rapports à la musique mentionnés au travers des trois tomes, ou encore des playlists que Jeff Lemire a publié en postface. Ce n’est pas pour rien que le tome 2 porte le nom de Sonic Youth, éminent groupe de la scène rock des 80’s/90’s.

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Je ne saurais dire pourquoi, mais cette case m’a particulièrement marquée

Ecrire cette review est un exercice de style assez difficile, car il est impossible d’évoquer Royal City sans dévoiler tout ou partie de l’intrigue et du propos, et ça, cher lecteur je ne peux m’y résoudre. Il faut que tu lises cette série en trois tomes, c’est tout ce que je peux dire. On y parle de la famille bien sûr, et surtout de l’absence et du deuil. Chacun peut se retrouver dans le propos et c’est cela qui amplifie la force évocatrice de Royal City.

Sortez les mouchoirs

Nous avons tous été confrontés à la perte d’un être cher, et nous l’avons tous affronté, à notre manière. Lemire sublime cette thématique ici, en faisant agir le cadre du récit, ici la ville de Royal City, comme une parabole de l’état d’esprit des personnages. Ce qu’il adviendra de Royal City, adviendra de la famille Pike. Le tout souligné par le trait si particulier de Lemire, homme orchestre pour le coup, presque abstrait ou simpliste parfois (voir Sweet Tooth du même auteur), mais si adapté à l’ambiance si intimiste. Certains véhiculent les émotions dans le comics dans des combats épiques, des assassinats sanglants et quêtes surnaturelles, ici tout se passe dans un silence, une posture, l’évocation d’un souvenir. Rien n’est faux ici, tout est authentique, presque cathartique, et pour peu, Royal City pourrait être le penchant réaliste de Black Hammer, avec en point d’orgue une question : sommes-nous condamnés à être prisonnier de nos actes et de notre passé, de ce que nous avons été, ou choisissons-nous de l’être par peur d’aller de l’avant, de grandir, de changer ?

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Quelques moments sont carrément oniriques

Aller de l’avant

Au final, que retenir de Royal City ? Que ce doit être l’oeuvre la plus personnelle de Jeff Lemire, mais surtout un objet intemporel, et surtout excellent moyen de faire lire des comics à quelqu’un qui n’en a jamais lu, à l’image d’un Locke and Key par exemple, le surnaturel en moins. Que dire de plus ? Jetez-vous dessus, vous en tirerez obligatoirement quelque chose, sur le livre ou sur vous-même.

Note Globale

5 étoiles

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