Dans notre vie de lecteur ou de consommateur de matériel culturel il y a des livres, des films, des albums, … que l’on attend avec impatience pendant des mois voir des années. Et puis à contrario il y a des œuvres que l’on découvre juste avant leurs sorties et bien après et qui nous assènent une claque sévère avec ce doux mélange de découverte et d’incompréhension que l’on en avait pas entendu parler avant. Voilà où se place Extremity de Daniel Warren Johnson pour moi, le comics paru chez Image Comics vient d’être publié dans une intégrale en un tome chez Delcourt et on vous dit pourquoi vous devriez vous pencher dessus !

RCO012_1488426245

L’état pur de la fantasy

Le tome nous plonge dans un univers de fantasy d’une richesse absolument dingue, j’y reviendrais, dans lequel deux clans s’opposent, les Paznina et les Roto. Plusieurs années dans le passé, les Paznina ont attaqué les Roto et ont remporté la bataille. Ils ont tué la femme du leader Roto, Jerome, en plus d’arracher le bras de sa fille Théa. La jeune fille se définissait par le dessin, et elle était la seule de cet univers à savoir manier le crayon. Cette attaque, plus symbolique qu’autre chose, a détruit la personne qu’elle était et elle ne cesse de ressasser ce manque. Nous allons suivre la bataille que va mener ce peuple pour se venger et reprendre ce que les Paznina leur ont volé, notamment leurs maisons.

Avec ces quelques lignes je vous présente les premières pages de l’intrigue, car oui tout cela tient en même pas dix pages. On est automatiquement mis en face de la détresse de Théa lorsqu’elle regarde au bras qui lui a été arraché. Ce bras qui la définissait, qui lui permettait de mettre en lumière les objets qu’elle voyait de ses yeux, ce bras qui faisait d’elle une personne unique. Avec ces quelques pages, l’auteur arrive directement à nous donner de l’empathie pour le personnage, en montrant qu’elle a perdu son identité. Mais en plus de cet aspect humain il permet également de comprendre l’enjeu plus global et plus guerrier de l’oeuvre. Cette guerre entre les deux clans sera le pinacle du récit. Et Théa ne sera pas la seule à bénéficier d’un riche background, la plupart des personnages secondaires auront une réelle profondeur et un trait de caractère qui les définit, ou tout du moins une motivation qui leur est propre. On ressent automatiquement la force de l’écriture de Johnson avec ces personnages, mais pas seulement.

Car outre une définition profonde des différents personnages, Johnson met aussi en place un univers qui regorge de détails. Et je pèse mes mots en disant cela. Au vu de cette richesse on ne peut que penser à la durée de création d’un tel univers. On imagine clairement les mois voir années qu’aura pris Johnson pour définir, affiner, peaufiner tous les petits détails de son comics. Et le travail en vaut la chandelle. Je ne sais pas si l’auteur met autant d’acharnement dans toutes ses œuvres, mais je n’arrive pas à m’enlever de l’idée que cette oeuvre est particulière pour lui, qu’il y a mis toutes ses tripes pour accoucher de ce qu’il espérait. Il touche du doigt des sujets vastes, comme la place de chacun dans la société, la soif de vengeance, le développement technologique et ses impacts, … Pour conclure sur ce sujet je vais vous proposer un exemple concret de développement d’univers, un exemple qui peut paraître anodin voir superflu dans une histoire mais qui, au contraire, montre une véritable recherche et un travail artistique de haute volée. Dans son univers, les Roto utilise des arches à la place de nos pierres tombales, cela leur permet de traverser ces arches lorsqu’ils souhaitent se recueillir et toujours sentir la présence des êtres disparus. Un détail aussi insignifiant, au détour d’une page, mais qui enrichit tellement le comics proposé.

RCO003_1496853514

Alchimie parfaite

Ce qui me fait également penser que ce comics a un regard particulier pour Daniel Warren Johnson, c’est qu’il réalise les illustrations en plus du scénario. Il est accompagné par Mike Spicer, aux couleurs, qui sublime vraiment les créations de Johnson. Mais l’on sent une vraie cohérence entre l’intrigue et les dessins. Si l’histoire regorgeait de détails, c’est la même chose pour les illustrations. Les deux aspects de ce comics se complètent et s’imbriquent parfaitement pour former un comics magistral, un chef d’oeuvre du 9ème art !

Que ce soit via le design des personnages, des décors et des lieux, des petites touches qui amènent ce plus et qui suivent le développement d’univers mis en place, Johnson nous sort toute la palette de son talent. Mon comics aura des scènes de bataille géantes et la différenciation des ennemis sera complexe ? Pas de soucis, je vais mettre en place une marque propre aux deux clans qui permettra de les discerner automatiquement. Et cela permet en plus d’augmenter encore le lore de l’oeuvre. Chaque petit détail amène des questions, pourquoi ce « tatouage » sur le visage ? Que représente-t-il ? … N’est-ce pas ce que recherche un auteur lorsqu’il nous propose son univers, que l’on se questionne avec lui en allant chercher le moindre détail ?

Les références visuelles permettent encore une fois d’enrichir la lecture d’Extremity, que ce soit par des éléments uniquement visibles. On sent donc facilement des influences à des œuvres qui ont marqué la culture, tels que Mad Max, le cinéma de Kaijus, la science fiction ou la robotique. Et encore une fois chacun de ses petits détails nous questionnent. Et Johnson ne tombe pas dans le piège de tout expliquer ! Laissez aux lecteurs et à leurs imaginations la charge de se faire leurs propres interprétations dénotent d’une vraie intelligence scénaristique.

Bon et puis de manière plus terre à terre, on va pas se mentir mais le travail de Johnson est un cassage de rétines incessant. Ces planches sont gorgées de détails, ultra lisibles alors même qu’elles contiennent plusieurs dizaines de personnages, sont toujours (et j’insiste bien sur le toujours) à un niveau de qualité exceptionnelle ! Bref rien ne tâche sur la partie graphique !

RCO016_w_1488426245

Plus je me creuse la tête et plus je retrouve des bribes de détails de l’univers d’Extremity qui méritait de s’y pencher pendant plusieurs paragraphes. Ce comics mériterait des heures de discussion tellement il est profond et important. Daniel Warren Johnson nous propose une oeuvre phare de la fantasy, un comics magnifiquement scénarisé avec des personnages attachants et humains qui évoluent tout au long du récit et qui sont sublimement représentés. Jetez-vous sur cette pépite !

Note globale WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s