Il y a quelques semaines nous avons organisé un petit sur Twitter et Facebook avec le #MostUnderratedComics. L’idée était simple, parler d’un comics que vous appréciez et qui ne reçoit pas l’amour qu’il devrait, à votre sens.

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Et l’une des propositions sur Facebook a été Le Beffroi (The Spire), publié par Akiléos en VF. Le pitch m’a rapidement intéressé et lorsque je l’ai vu en librairie je me suis dit, après tout pourquoi pas ?! Voilà la genèse de cette lecture et de cette review. Et avant de commencer n’hésitez pas à continuer à nous partager vos #MostUnderratedComics.

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Une enquête haletante

Ce tome nous plonge dans un monde inconnu, mystérieux et qui tire ses racines dans le fantastique. Les premières pages sont explicites avec l’apparition de ces petits chérubins messagers qui se propulsent dans les airs avec leurs flatulences. J’en vois déjà levé les hauts au ciel en guise de désapprobation devant cette idée un peu idiote. Mais rassuré c’est littéralement la seule de ce genre dans le tome, qui se veut beaucoup plus sérieux que rigolo. Nous sommes donc transportés devant une énorme ville appelée le Beffroi. Cette structure architecturale se trouve en plein milieu d’un désert et permet de concentrer les habitants des alentours. Mais il permet aussi de les classer en fonction de leurs importances dans la société. Plus vous habitez dans un niveau élevé plus vous êtes riches. De plus le Beffroi permet aux humains de ne pas respirer l’air infesté de l’extérieur et de survivre. Seuls les déviants ont le pouvoir de respirer celui-ci. Les déviants sont des créatures, de races différentes qui ont un but et sont utilisés par la société du Beffroi pour différentes tâches, comme la guerre ou la transmission de messages. Sha, l’héroïne principale, est quand elle la chef de la garde, sorte de police du Beffroi. Elle va devoir mener l’enquête lorsque la servante de la Marquise, l’équivalente de la reine de la cité, est assassinée par un mystérieux agresseur.

A la lecture des premières pages et du premier chapitre j’ai eu un peu peur de l’histoire qui allait m’être proposé. La mise en place de l’univers est légèrement bancale à mon sens, la compréhension n’est en effet pas la plus aisée. D’ailleurs l’auteur dans la postface ne s’en cache et démontre bien que son but n’était pas de définir pleinement son univers mais de le dégrossir et de mettre l’accent sur ses personnages. Cela donne donc, au début, un sentiment d’inachevé où l’on voudrait en découvrir plus, pour notre curiosité personnelle mais également pour la compréhension de l’oeuvre. Heureusement cela n’a pas entraîné un décrochage chez moi et grand bien m’en a pris car la suite en valait la peine.

Le point fort de l’oeuvre vient de ses personnages comme le souhaitait l’auteur mais pas uniquement. Ils ont également une grande part de mystère mais cela est tout à fait normal car cet aspect est intimement lié avec l’enquête en cours. Les deux parties se complètent mutuellement en laissant le lecteur dans le flou. Et dès le moment où vous serez accroché le mystère joue son rôle magnifiquement. On est dans l’attente de découvrir le passé des personnages, ou encore de voir comment Sha et ses compagnons vont s’y prendre pour arrêter ce meurtrier qui ne cesse de sévir aléatoirement. Car l’élément perturbateur sera rapidement suivi d’autres meurtres qui permettent de tenir l’histoire en haleine tout du long. Une fois l’histoire en place, on ne s’ennuie absolument plus et la lecture est passionnante.

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Le mystère c’est un ressort narratif qui fonctionne toujours, mais le soucis arrive quand il faut élucider toutes les intrigues en cours et Simon Spurrier le fait admirablement bien. Les révélations font mouche et alors qu’on pense en avoir terminé il continue à sortir de nouvelles cartes de son chapeau dans un dernier chapitre absolument dingue.

Une légère déception m’a quand même parcouru tout au long de la lecture. A la définition de l’univers et de cette structure pyramidale et hiérarchique je m’attendais à beaucoup concernant ce Beffroi. Mais au final je trouve que l’idée n’est pas suffisamment exploité à mon goût. Il devient rapidement un élément du décor plutôt qu’un aspect important de la narration et du mystère. On ne parle que trop peu de la différence de classe entre les habitants des tréfonds et ceux des appartements les plus hauts de la tour. Je m’attendais à mieux sur cet aspect.

Plus grand

Au niveau graphique, c’est Jeff Stokely qui est à la manœuvre. Je ne connaissais pas ce dessinateur et je dois dire qu’il a un style qui me parle. Il arrive à définir un univers propre avec de nombreuses races déviantes. Cette idée de petites tentacules est d’ailleurs vraiment géniale ! A noter également, la sublime colorisation d’Andre May !

Il nous propose aussi quelques idées intéressantes de mise en scène et de composition de pages mais comme pour l’aspect narratif je trouve que l’aspect même du beffroi n’est pas suffisamment utilisé. Un édifice aussi imposant et qui sépare par étage les populations devrait servir de ressort visuel bien plus souvent. Par exemple on a pas une assez grande distinction entre les bas-fonds et le haut de la tour, alors que ça devrait être évident. De plus on aurait pu imaginer les déplacements de Sha entre les étages mis en lumière plus graphiquement, pourquoi pas avec une lecture verticale pour renforcer l’aspect énorme de l’édifice. Dans la postface, Jeff parle d’ailleurs de retard qu’il a pris sur la livraison des pages lorsqu’il a travaillé sur le design des différentes races de déviants. Et cela permet de comprendre en partie ce manque de prise de risque peut-être. Il explique également un constat que je me suis fait sur le format de la BD qui aurait gagné à s’agrandir. Les décors auraient été plus lisibles et moins brouillons et encore une fois cela aurait collé avec la structure architecturale du Beffroi.

 

Le Beffroi n’est pas une lecture parfaite, vous pouvez voir avec cette review que je dénote plusieurs petits défauts, que ce soit scénaristique ou visuel. Néanmoins, ne vous trompez pas, c’est une lecture authentique et passionnante. Tant et bien que malgré les défauts que je lui trouve, je le conseillerais amplement à quiconque voudrait s’y aventurer. Si vous aimez les mystères et les univers fantastiques cette lecture vous contentera certainement. Le Beffroi est donc un très bon comics indépendant qui mériterait effectivement plus d’attention, et ce même plus de 2 ans après sa sortie.

Note globale WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-65

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