PTSD c’est l’oeuvre du moment dans nos contrées françaises. Vous en avez peut-être déjà entendus parler, vu des articles passer dessus et vantant les mérites de ce récit. Forcément on ne pouvait pas passer à côté, dans un premier temps pour notre culture personnelle car le tome semble toucher et faire une unanimité générale au sein de la communauté comics, mais aussi afin de pouvoir vous en parler, et qui sait vous le faire découvrir. Sans plus tarder parlons de PTSD de Guillaume Singelin publié sous le Label 619 d’Ankama.

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On prend son temps !

PTSD nous plonge dans une ville japonaise, très inspirée de Tokyo sans que cela ne soit jamais tout à fait spécifié dans les pages, qui abrite un grand nombre d’anciens combattants. La plupart d’entre eux sont en proie à un intense pauvreté, doivent vivre dans la rue et ont été complètement délaissés par leur gouvernement suite à leurs retours de la guerre. Jun est l’une d’entre elles. Femme forte et solitaire, elle souffre de syndrome post-traumatique (PTSD en anglais) et essaie tant bien que mal de vivre, voir de survivre suite à ce qu’elle a enduré. Nous allons suivre son cheminement entre drogues, solitude extrême et volontaire, peur de faire confiance à l’autre et évolution.

Ce qui m’a tout de suite frappé à la lecture de l’oeuvre c’est le temps pris par Guillaume Singelin pour pose les bases de son récit. La phase d’exposition est essentielle et totalement maîtrisée. Elle nous immerge directement dans cette ville aux grattes-ciel immenses, à la pauvreté bien visible (sacs poubelle dans les rues, SDF omniprésents, …). On sent que l’auteur a pu prendre le temps nécessaire en nous montrant parfaitement dans quel univers il allait nous plonger. Il nous prend par la main et nous dit, regarde mon oeuvre se passe ici et voici les tenants et les aboutissants que tu dois comprendre avant de passer à la suite. Et littéralement je n’avais pas ressenti cet effet dans une autre oeuvre, en partie grâce au format de cette BD. Il n’y a pas de chapitres. Ce qui fait que l’auteur n’a pas besoin de tout donner sur un premier chapitre pour attirer le lecteur, il peut donc prendre son temps et avoir une exposition plus conséquente, plus importante.

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Passé cette phase d’exposition je me suis rendu compte que la ville dépassait sa fonction de cadre dans le récit. Je l’ai ressenti comme un véritable personnage de l’histoire. Elle renvoie beaucoup d’informations et permet de comprendre encore une fois les méandres de l’histoire. Et cela ne représentait que le début de la découverte d’une myriade de personnages sublimement écrits. En premier lieu, le personnage principal Jun, qui se dévoile comme une femme solitaire et en proie à cette maladie atroce. C’est bien sûr elle qui dispose des projecteurs tout au long de l’oeuvre et de l’arc le plus intéressant. On suit son évolution et sa recherche de guérison. Mais les personnages seconds couteaux ne sont pas en reste. On découvre des protagonistes tellement attachants et dont on aimerait en savoir plus. Comment sont-ils arrivés là ? Pourquoi font-ils ce qu’ils font ? Pourquoi et comment Bao, un jeune enfant, aide sa mère à laver les légumes dans son restaurant ? Ça vous paraîtra peut-être dingue de se poser ces dernières questions mais ce gamin est tellement cool !

Voilà qui résume bien l’histoire de PTSD, un univers riche et pour lequel vous voudrez en découvrir plus, des personnages intéressants, attachants et à la trajectoire intéressante mais également un univers graphique à couper le souffle (oh que vois-je ? Une transition !).

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Esprit manga

En plus d’être au scénario Guillaume Singelin est également aux illustrations et il apporte son style. Style très probablement dérivé du manga et de la culture japonaise. Le fait que le récit se passe dans une ville japonaise ne doit pas y être étranger et cela donne une sensation de cohérence à l’oeuvre. Cela fait quelques années que je n’ai pas lu un manga, et je lisais surtout du mainstream, mais je trouve qu’il s’en détache quand même assez rapidement. Oui l’héroïne a les grox yeux kawai, mais c’est pratiquement la seule à disposer de ce traitement (on pourrait d’ailleurs réfléchir à ce que cela implique, est-ce un trait physique ou un ajout pour la différencier du reste ?). Pour le reste on retrouve l’esprit des dessins de la culture japonaise mais rien que sur les proportions des corps Guillaume s’en sépare magistralement. Par exemple l’héroïne a un physique complètement différent de l’archétype de femmes que l’on peut trouver dans le manga ou dans le comics américain d’ailleurs. Aucune forme n’est montrée, c’est tant mieux au vue de l’histoire racontée, Jun a d’ailleurs des jambes fortement musclées tout comme ces mains. C’est rafraîchissant de lire une histoire où aucun corps n’est objectivé, que ce soit pour les femmes ou les hommes. L’essentiel n’est pas là dans ce récit.

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Outre cela, les différents paysages sont magnifiques et toutes plus différents les uns que les autres. On passe de l’environnement urbain délabré et qui respire la culture japonaise avec ces petits restaurants typiques, de la forêt voir même de la jungle avec des champs de bataille. La profusion de détails est absolument dingue et je n’ose imaginer le temps qu’il a fallu pour réaliser chaque page et chaque case. A mon sens, il s’agit d’un tome qui nécessitera une seconde lecture pour découvrir tous ces petits détails cachés au sein des pages.

Pratiquement chaque page propose une colorisation différente de la précédente et la palette est tellement variée. Que ce soit les environnements urbains, naturelles, le jour et la nuit, le beau temps et la pluie, tout y passe et c’est un chef d’oeuvre. Et pour finir là-dessus et pour rejoindre mon analyse sur la prise de temps de l’auteur de poser son univers, le constat est le même concernant les phases d’action. Et là c’est la claque qui termine de vous convaincre, les combats sont tellement lisibles et clairs qu’il me semble impossible de ne pas les comprendre. Et pour cela le choix est encore très simple, s’il faut ajouter une case pour la compréhension et bien ajoutons-la ! Simple n’est-ce pas ? Simple mais tellement efficace. On voit vraiment la différence par rapport à des publications DC pour ne citer qu’eux, où les combats sont souvent brouillons.

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Quel bonheur de pouvoir partager avec vous ce sublime ouvrage qu’est PTSD. Quel bonheur de l’avoir entre les mains et de pouvoir lire un récit aussi abouti que ce soit sur le plan scénaristique ou visuel. Si vous hésitiez à vous le procurer j’espère que cette review vous aura donné envie et que vous sauterez sur l’occasion. Laissons un peu de côté les publications industrielles des gros éditeurs pour faire de la place à des auteurs aussi talentueux et qui le méritent !

Note globale WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67

 

14 réflexions sur “PTSD : Comics Review

  1. Un comics qui lorgne du côté manga, mais écrit par un français. Un ovni qui semble intéressant en somme (mais qui tire peut-être plus de la BD que du comics).
    Merci pour la découverte, je le note pour plus tard celui-ci 😉

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      1. Non, Doggybags n’est pas horrifique, tu as un peu tous les genres dedans. En fait, chaque One-Shot a une thématique bien precise. Cela peut être des trucs de gang, ou bien des légendes urbaines etc.. mais c’est toujours en rapport avec la culture d’un peuple, lieu, pays etc.. tu verras, c’est vraiment varié comme titre 😁

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      1. Spin of de Freak ‘s squeele, moins destiné Young adult je trouve. Une république inspirée de Rome est en conflit avec ses voisins. Des familles ont une sorte de totem insecte et deux jumeaux séparés à la naissance vont se retrouver à contrer une conspiration, l’un parmi les exclus l’autre au sein de l’élite. C’est dessiné par Florent Maudoux, un des meilleurs dessinateurs dans le style encré. Moi j’adore. J’ai chroniqué les tomes parus

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  2. On en a déjà parlé mais il n’y a absolument rien à reprocher à ce livre. C’est touchant, c’est émouvant, c’est juste. On s’attache tellement vite à cette petite Jun, on arrive à vivre sa souffrance et sa solitude, on comprend ses problèmes… Les flashback sont incorporés intelligemment à l’histoire et offrent également une vision intéressante de Jun avant ce qui a causé son trauma, et ça permet vraiment de s’attacher au personnage.
    Bref. Beaucoup à dire sur ce bouquin, et toujours que des choses bien. Clairement le meilleur truc que j’ai pu lire en ce début d’année, et ça va être difficile de le détroner je pense.

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