Lors de mon récent déplacement à Angoulême pour le festival de la BD, j’ai assisté à la masterclass Batman en présence notamment de Paul Dini. Durant cette conférence, il nous a narré son agression un soir après un rendez-vous et il a fini en pleurs. Ce moment m’a, dans un premier temps, profondément touché et a imposé un grand respect pour l’homme. Et cela m’a également donné envie de lire l’ouvrage dans lequel il relate cette agression et la manière qu’il a eu de s’en sortir. C’est ce dont on parle tout de suite, avec l’analyse de Dark Knight – Une Histoire vraie par Paul Dini et Eduardo Risso.

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Le pitch de l’histoire est donc déjà planté. En résumant fortement cette oeuvre, Paul Dini va nous narrer une partie de sa vie, en partant par son enfance pour bien que l’on comprenne qui il était et qui il est devenu. On arrivera à l’âge adulte et son travail de scénariste de dessins animés, puis à cette agression sur une pelouse un soir. Et bien sûr sera abordé sa reconstruction en lien avec les personnages qu’ils aiment, à qui ils laissent une part de son esprit lorsqu’il les met en lumière.

Je m’attendais à pas mal de choses avant de lire ce comics, mais pas à pénétrer autant dans l’homme qu’est Paul Dini. Je ne m’attendais pas à ce qu’on perçoive son enfance difficile et le regard qu’il a sur lui-même. Paul Dini était un enfant invisible, c’est lui-même qui le dit. Il était solitaire et n’avait que peu d’amis. Mais cette solitude lui permit d’exercer ce qu’il aimait le plus et qui le rendit célèbre dans sa vie adulte, son imagination. Beaucoup d’entre nous se reconnaîtrons dans Paul Dini, dans cet enfant à la marge qui deviendra un adulte un peu geek et qui aime s’entourer de figurines, de distractions, de lectures. En somme Paul Dini est un peu nous tous qui passons une grande partie de nos vies à lire des histoires, à les regarder, à y jouer. L’importance des passions est l’un des points centraux de cette histoire. Et là où on aurait pu avoir une morale bas de plafond du style « Les passions c’est bien mais faut vivre aussi », Paul Dini nous distille les deux faces de cette pièce. Les passions et l’imagination sont primordiales et peuvent aider à former un enfant mais comme tout son excès entraîne une fermeture et un rejet qu’il faut savoir maîtriser.

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Ensuite le cœur du livre vient de la reconstruction de l’auteur suite à son attaque. Bien que la narration soit très linéaire et somme toute assez verbeuse on prend plaisir à voir l’évolution du personnage, qui est en fait une personne. Et c’est là que l’imagination de l’auteur se met en place car Dini incorpore des personnages de l’univers de Batman dans sa propre histoire. Le chevalier noir va être primordial dans sa guérison, alors que le Joker tente de le garder captif de ses malheurs. De nombreux méchants de la rogue gallery viennent s’ajouter au tableau tout en formant quelque chose de cohérent. On a devant nous le rétablissement d’un homme suite à une tragédie réelle, le tout romancé par l’utilisation de personnages de fiction. Que faut-il de plus pour faire une bonne histoire ? La véracité des actions amènent une empathie indéniable ainsi qu’une qualité au récit. Alors que les personnages de fiction élèvent le récit vers quelque chose de plus intéressant que ça ne l’est déjà !

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On vient de le voir l’histoire est humaine et prenante, bien qu’elle ne soit pas parfaite, sa narration très classique pourra en gêner certains même si le choix me semble cohérent pour raconter des faits réels. Venons-en à présent à la manière de la présenter avec les dessins d’Eduardo Risso. J’ai eu un peu plus de mal sur ses illustrations. Ou tout du moins je n’ai presque jamais été transporté avec elle, toute l’empathie et la connexion avec l’oeuvre m’est venu grâce à l’histoire et aux personnages. Comme je le disais la narration est assez classique et cela est applicable également à la manière dont est raconté l’histoire. On a assez peu d’expérimentations de découpages ou de compositions. Assez peu de prises de risques sur les planches également. D’un côté cela permet de ne pas détourner l’attention du lecteur envers l’aspect important. Cela permet également de ne pas trop en faire avec des effets surnaturels qui casserait l’aspect humain du récit. Néanmoins j’aurais aimé en voir légèrement plus par moments. Par contre une partie à souligner vient de l’utilisation de plusieurs styles bien différents de la part d’Eduardo Risso. Les passages de l’enfance de Paul Dini sont bien différents de ceux de sa vie adulte. La maîtrise et l’utilisation de ces styles est vraiment à noter comme un plus.

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Pour finir, je me dois également de préciser un point qui m’a marqué concernant la représentation de l’agression de Paul Dini dans ce tome. A la lecture je n’ai pu me détacher de ce sentiment de voir une représentation tout droit sortie de Sin City, l’oeuvre de Frank Miller. Je trouve cela fort de faire le parallèle entre les deux livres.

Dark Knight – Une histoire vraie est comme je m’y attendais, un récit prenant et touchant. Un récit qui touche beaucoup de sujets, que ce soit l’importance des passions et de l’imagination dans l’enfance et la vie adulte, la reconstruction d’une personne suite à une attaque, … Paul Dini réussit toujours à être subtil dans ce qu’il nous narre, bien que sa narration soit assez classique dans son déroulé. Les illustrations d’Eduardo Risso ont de nombreuses qualités mais restent, pour moi, le point faible de cette oeuvre. Malgré cela ce comics se doit d’être lu au moins une fois.

Note globale WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-66

 

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