Bonjour bonsoir à toutes et à tous et bienvenue dans cette 2ème partie de ma review filée sur The Sandman !

Après avoir abordé les 2 premiers tomes dans cet article, on va continuer la découverte de cette oeuvre mythique avec les tomes 3 et 4 : Dream Country et Season of Mists.

Sans plus d’introduction, posez donc votre tête sur votre oreiller favoris, lovez vous sous la couette, et laissez vous emporter par le marchant de sable…

Dream Country

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Dream Country est donc le 3ème tome dans la collection « The Sandman library », qui regroupe les issues 17 à 20. Toujours scénarisé par Neil Gaiman, ce tome compte dans son équipe artistique Kelley Jones, Malcolm Jones III, Robbie Busch, Todd Klein, Charles Vess et Steve Oliff. Beaucoup de monde pour 4 issues seulement, mais vous allez comprendre le pourquoi du comment dans quelques instants.

J’avoue qu’à la lecture de l’introduction du tome, j’étais un peu sceptique à ce que j’allais y trouver. Ici, pas de nouvel arc centré sur Dream ou son royaume comme on l’a eu dans les tomes précédents, mais un recueil de 4 histoires courtes dans l’univers étendu du Sandman. Scepticisme qui s’est vite dissipé, puisque cet ouvrage renferme pas moins de la meilleure issue de Sandman jusqu’à présent.

Calliope

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On nous raconte ici l’histoire d’un auteur, Richard Madoc, frustré de ne pas réussir à écrire la suite à son premier roman, carton critique et commercial. Dans son désespoir, il passe un marché avec un plus vieil auteur, Erasmus Fry, qui a construit son succès grâce à la capture d’une des Muses de la Mythologie Grecque : Calliope. L’utilisant pour obtenir avoir des idées et de l’inspiration, Madoc va la pousser au désespoir, au point d’appeler son ancien amant, Dream, à l’aide.

J’ai pas grand chose à dire sur cette issue. C’est une bonne issue, mais c’est un concept qui a été usé et abusé dans les histoires, comic book ou ailleurs. Bien que l’originalité n’ait apparemment pas été remise en cause à l’époque de la sortie, aujourd’hui avec le passif qu’on a sur ce thème, ça fait un peu… Réchauffé. Cela dit, même si le traitement ne m’a pas intéressé plus que ça, les thèmes abordés sont assez proches de la vie d’auteur pour que ça me touche. Cette incapacité de trouver de quoi faire une suite à une première réussite, cette peur de perdre ce qui te donne ton inspiration… Autant de thématiques extrêmement intéressantes et vraiment bien mises en scène au travers de cette histoire.

Pour les dessins, rien de plus à dire que d’habitude. C’est beau, c’est bien dessiné, c’est magnifique… On retrouve Malcolm Jones III aux couleurs et c’est vraiment un boulot de dingue pour quelqu’un qui signe ses premières oeuvres dans cette industrie.

A Dream of A Thousand Cats

cats

Deuxième histoire courte, qui se concentre comme son nom l’indique sur nos chers félins. On suit ici un petit chat blanc qui est entraîné hors de sa maison par un autre chat, pour se rendre à une assemblée de chats, tenue par un chat Siamois. Ce chat de race (détail important) raconte son histoire : Il y a bien longtemps, dans une galaxie très très lointaine, elle rencontra un chat sauvage, qui devint son amant. Elle mis au monde une portée de petits bâtards, ce qui ne plut pas à ses maîtres, qui assassina les chatons devant la pauvre mère. Folle de chagrin, dégoûtée des humains, elle se retrouve dans le monde du Dreaming, où elle va tenter de rencontrer Dream pour qu’on lui explique la cruauté des humains. Dream, sous forme d’un chat, va lui montrer une réalité bien différente de la notre, une réalité où les chats sont plus grands et gros que les humains, qui sont à leur service. Dream lui dit que c’était la réalité d’avant, avant que les Hommes décident de rêver tous ensemble d’inverser les rôles, et que si assez d’Hommes rêvent de la même chose, le rêve devient réalité… A elle de convaincre assez de chats pour renverser la situation, une tâche pas si aisée devant une assemblé apathique.

Cette nouvelle histoire se lit comme un conte. L’histoire est prenante, et la thématique du rêve partagé devenant réalité est une belle moralité. L’idée de pouvoir changer une situation qui nous déplaît si on est assez à en avoir envie, c’est une belle note d’espoir, et un joli discours pour se dresser contre ce qui nous dérange.

Côté artistique, même équipe que pour le précédent, et c’est encore une fois magique. Toutes les scènes dans le royaume du Dreaming sont merveilleuses.

A Midsummer Night’s Dream

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Alors cette issue… Wahou. Si vous deviez n’en garder qu’une dans cet ouvrage (ce qui serait triste, vu comment les autres sont énormes), c’est celle-ci. Et elle a même gagné le prix, le World Fantasy Award catégorie histoire courte en 1991.

Dream a rencontré Shakespeare quelques issues auparavant, et il lui a commandé 2 pièces. Ici, il va jouer la première de ces pièces : Songe d’une nuit d’été (ou en VO A Midsummer Night’s Dream, comme le titre de l’issue, comment c’est trop bien fait !), devant un public un peu spécial, car il n’est composé que de personnages peuplant les Fearie, y compris certains personnages de la pièce (Titania, Oberon et Puck principalement).

On s’intéresse beaucoup au personnage de Hamnet, le fils de Shakespeare, que Titania semble beaucoup apprécier. Le personnage est vraiment bien exploité. Peu est connu sur la vie du jeune fils de Shakespeare, ce qui laisse à Gaiman l’occasion de s’amuser et romancer un peu cette histoire. Ici, il parcourt l’Angleterre avec son père pour jouer dans ses pièces, et s’interroge grandement sur celui-ci, et si ses enfants ne sont qu’un prétexte à une autre histoire. Belle petite référence de Gaiman, beaucoup d’historiens se sont penchés sur l’influence de la mort de Hamnet dans les écrits de Shakespeare, et en particulier, vous l’aurait compris tout seul, Hamlet.

Encore une fois, un joli conte qui nous est offert, sublimé par les dessins de Charles Vesse. A la colorisation, on a droit à un changement de style assez radical, puisque c’est Steve Oliff qui s’en charge avec une coloration par ordinateur. Et ça fonctionne super bien. C’est moins léché, mais c’est toujours aussi surréaliste, et ça colle vraiment bien à la narration.

Façade

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Dernière histoire de ce tome (et il est temps parce que cette review commence à être longue !) qui pour le coup ne va pas du tout parler de Dream. On va plutôt se concentrer un peu sur sa soeur, Death. Et bon sang que ce personnage est subtilement et habilement bien écrit (pour les connaisseurs, si vous aimez le personnage de Death chez Pratchett, on est globalement sur la même gamme).

On suit Urania Blackwell, Elemental Girl, un personnage pas très connu de l’univers DC que Gaiman prend plaisir à mettre au premier plan, du moins le temps d’une histoire. Et quelle belle histoire encore une fois, puisqu’on retrouve Uriana dans son appartement, totalement désabusée, horriblement déprimée, borderline suicidaire. Ancienne super-héroïne malgré elle, elle se retrouve aujourd’hui à la retraite, défigurée par ses pouvoirs, incapable d’assumer son physique. Pour se cacher, elle utilise beaucoup de maquillage ainsi qu’un faux visage, genre de masque en argile. Alors qu’elle mange au restaurant avec son amie, son visage tombe, son amie prend peur, et Uriana fuit. Arrivée chez elle, ne supportant plus sa condition, elle se réjouit de voir Death passer la porte : la délivrance de la mort est arrivée. Sauf que non, Death passait par là pour quelqu’un d’autre, a vu la porte ouverte est s’est incrustée. S’en suite une belle discussion, magnifique réflexion autour de la vie, de l’acceptation de soit, et bien sûr de la mort. Gaiman remet habilement les problèmes de super-héros en opposition avec les problèmes de la vraie vie, celle qu’on ne voit que trop peu dans les livres des Big Two.

Quand je disais belle histoire, c’était pas totalement faux. Malgré la thématique très sombre, l’issue se termine sur une très belle touche, un moment plutôt joyeux, qui ne manquera pas de vous laisser ému.

Season of Mists

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Ce 4ème tome contient les issues 21 à 28, toujours avec Gaiman au scénario, Malcolm Jones, Dick Giordano, P. Craig Russell, Kelley Jones, Mike Dringenberg, Malcolm Jones III, George Pratt et Matt Wagner.

C’est un tome hyper riche en mythologie, que ce soit celle de l’univers de Dream, ou même d’autres mythologies avec la présence entre autres de Odin, Anubis, Lucifer, Susanoo-no-Mikoto, Nuala… En gros, un sacré metling pot de mythologies différentes. Mais pourquoi sont-ils tous là ?

L’arc est divisé en 5 issues, précédées par un prologue, avec un interlude, et un épilogue. Parce que sinon ça serait trop simple 🙂

Le prologue consiste en une réunion de famille des Endless : Destiny, le plus vieux de la fratrie Endless, convoque ses frères et soeurs Dream, Death, Delirium, Desire et Despair à venir discuter d’une prophétie qui vient de lui être annoncée : la guerre éternelle entre le Paradis et l’Enfer va prendre fin. Quand on voit comment une réunion de nos familles ça peut vite partir en cacahuètes, on imagine bien comment ici ça peut se passer. Et ça se passe pas très bien 🙂 Dream se fait un peu gentiment embêter par Desire sur une jeune humaine, Nada, qu’il a condamné à passer l’éternité en Enfer suite à une rupture amoureuse douloureuse (Dream il fait pas semblant quand il veut se venger de ses ex). Death, habituellement la meilleure alliée de Dream, est cependant d’accord avec Desire sur ce point, en lui disant qu’il a peut-être éventuellement un poil exagéré avec Nada.

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De gauche à droite : Destiny, Death, Dream, Desire, Despair et Delirium

Dream décide alors de se rendre en Enfer pour essayer de la libérer et réparer ses erreurs. Sauf que Lucifer, il en a marre d’être responsable de l’Enfer. Du coup, il décide de virer toutes les âmes et les démons, et fermer les portes de l’Enfer (ça rappellera sans doute beaucoup de choses à ceux qui regardent la très bonne série Lucifer). Dream, tout penaud, se retrouve avec la clé de l’Enfer, Lucifer lui offrant généreusement, sachant que la possession d’une telle clé le fera plus souffrir que n’importe quel tour qu’il aurait pu concocter.

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Une fois la nouvelle de la « démission » de Lucifer répandu, une assemblée se réunit dans le palais de Dream, dans le Dreaming, pour venir défendre qui est le plus légitime à obtenir cette clé et ainsi prendre possession de l’Enfer. C’est ici qu’on croise toutes les mythologies, qui vont une à une demander audience à Morpheus pour défendre leur position, plus ou moins légitime.

L’interlude sert à expliquer les conséquences de la fermeture de l’Enfer. On y suit un jeune garçon qui se fait maltraiter dans son école, et qui finit par en mourir. S’en suit une scène extrêmement drôle où Death arrive, essaie de négocier avec lui son passage de l’autre côté, finissant par abandonner par manque de temps tellement elle est débordée à essayer de rattraper les âmes échappées de l’Enfer.

Ce tome était encore une fois une tuerie. Voir Gaiman revisiter les mythologies et les faire discuter était vraiment très intéressant. Visuellement, tout claque. Le traitement Jones sur les Anges et Démons rend les scènes en Enfer d’une beauté époustouflante, limite à te faire oublier de lire les dialogues et la narration. Grosse claque également avec le boulot du lettreur sur le prologue, qui arrive à distiller l’aspect que représente chaque Endless dans leurs paroles (en particulier le boulot sur Delirium est incroyable). On y croit, on s’y retrouve, et c’est extrêmement puissant.

delirium

Conclusion

On approche du mi-chemin, et on approche aussi un peu plus de la réponse à « est-ce que c’est le meilleur truc jamais publié ? ». Parce que pour l’instant c’est un sans faute. Gaiman est maître dans le mélange des genres, capable de te sortir une fable sur les chats qui rêvent suivie par une histoire épique sur le Paradis et l’Enfer, tout en distillant des éléments de mythologie Nordique. Il est encore une fois entouré d’une équipe artistique qui fait un boulot de dingue pour faire venir à la vie ces personnages, leur donner une profondeur dingue alors qu’on ne les croise que sur 2 issues. Un peu comme ces personnages qu’on croise dans nos rêves, et qui nous laisse une impression quand on se réveille.

A très vite pour la 3ème partie, je vais essayer de mettre moins de temps à l’écrire 😉

Tony

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