Bienvenue dans ce nouvel article de l’Atelier Comics de Noël, notre calendrier de l’avent participatif. C’est au tour de TheMightyBoot de se lancer dans l’aventure et on l’en remercie grandement. Avant de lire ce qu’il a à vous proposer je me permets de vous partager son compte Twitter. N’hésitez pas à aller le suivre si ce n’est pas déjà fait. Je laisse la place maintenant pour son partage.

Jason Aaron, ou l’art de magnifier ce qu’il touche.

Il y a quelques semaines, Martin m’a proposé d’écrire un article sur un sujet de mon choix. J’ai accepté sans savoir vraiment dans quoi je mettais les pieds. Lecteur de comics depuis seulement deux ans, autant vous dire que j’ai galéré à trouver un sujet. Et là j’ai repensé à tous les acteurs du comics game dont je lis les articles et regarde les vidéos, et je me suis rendu compte qu’écrire sur les comics était un vrai métier. Bravo à vous les passionnés.

J’ai regardé ma bibliothèque et fait l’inventaire des histoires qui m’avaient touchées. Elles avaient comme dénominateur commun, leur auteur : Jason Aaron.

J’ai lu cinq runs, et tous m’ont marqué de différentes manières. Par sa violence, « Punisher Max ». Par sa fraîcheur, son humour et ses situations improbables : « Wolverine And the X-Men ». Pour son épopée, et l’enjeu : « Thor Le Massacreur de Dieux ». Pour sa résonance et le clivage qui en découle : « X-Men Schism ». Pour la folie montrée : « Hulk La Séparation ».

Le sujet trouvé, il me fallait définir mes angles d’attaque, mais lesquels ? Deux traits apparaissaient alors comme caractéristiques de son écriture : Le doute/introspection, et les antagonistes/personnages secondaires extrêmement développés.

Le doute

MdC9fO1R.jpgJason Aaron va explorer la psyché des ses héros et nous dévoiler à nous lecteurs, la part d’humanité qui les composent.

L’expression des doutes et des remords est mise en lumière par l’utilisation que fait Jason Aaron des cartouches au sein des cases. Il se sert de ceux-ci pour mettre à nue leurs pensées les plus intimes, ce qui donne au lecteur une place de confident, et même de conscience. Le lecteur est réellement dans la tête du héros, se questionne et souffre avec lui.

C’est d’ailleurs par les cartouches, que j’ai pu identifier le chapitre écrit par Aaron dans « AvX » (« Avengers vs X-men » pour les néophytes).

La couleur de chaque cartouche est propre à la pensée du personnage auquel il se rattache, ce qui permet au lecteur d’immédiatement identifier le protagoniste principal de l’épisode.

Certaines cases décrivent une action qui n’est pas centrée sur le personnage principal, mais qui a quand même une influence sur lui. Dans certaines planches, plusieurs personnages principaux se côtoient et, l’action est raconté  d’un point de vue unique, ce qui apporte un côté complètement subjectif à l’histoire, et rapproche encore le lecteur des protagonistes. (cf planche ci-dessous)

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Lorsqu’on lit « Schism » (Comic book qui retrace la scission entre Cyclope et Wolverine), on se rend compte que les deux leaders mutants au caractère bien trempé, s’opposent sur des thèmes qui autrefois les rassemblaient: « quel avenir donner aux jeunes mutants ? », « Comment les insérer dans le monde moderne ? », « Les protéger ? Les entraîner au combat ? ». La puissance des dialogues et des arguments qui les opposent est particulièrement soulignée par les doutes qu’ils expriment l’un en face de l’autre, mais aussi lors de conversations avec d’autres personnages. Aaron nous pousse à choisir notre camp, soit Cyclope pour la Guerre soit Wolverine pour l’instruction. Mon choix s’est porté sur Wolverine (le côté misanthrope sûrement).

J’aime cette capacité à faire partager l’introspection du héros, qu’il soit dans l’action ou dans la réflexion. Cela permet de l’humaniser et de le mettre à notre portée, pauvres humains médiocres et misérables que nous (vous) sommes (êtes) (parce que moi en fait je ne me considère pas comme humain). En le descendant de son piédestal, il met le héros à nos côtés.

Dans « Punisher Max », lorsque Franck Castle (le Punisher) en prend plein la tronche et décrit ses blessures, chaque râle qu’il renvoie, chaque grimace de douleur qu’il esquisse, est nôtre. J’ai eu mal pour lui. Et comme lui, je ne souhaitais que détruire les sources de cette souffrance.

Le maniement du doute et l’introspection ne sont pas les seules ficelles d’écriture de Jason Aaron, puisque cette recette n’est pas l’apanage de ses seuls héros.

En effet, il l’applique également à la création d’antagonistes forts, et de personnages secondaires développés, qui vont au-delà du rôle de faire-valoir.

Antagonistes et personnages secondaires

Jason Aaron va donner vie aux opposants de ses héros, en leur créant des sentiments, une histoire, un caractère, un véritable « background » de construction et de cheminement psychologique.

Les Antagonistes dont Gorr le Massacreur de Dieux est le meilleur exemple, sont aussi complexes et profonds (si ce n’est plus) que les personnages auxquels ils s’opposent. Ils sont le fruit d’un long cheminement de vie qui les a poussé à être ce qu’ils sont. Tout comme nous, lecteurs, ils sont au moment de leur passage à l’acte, la somme d’expériences passées. Ces dernières ont créé une motivation avec laquelle peu de lecteur seront d’accord (j’espère, mais le monde étant peuplé d’imbéciles, je ne serai pas surpris…) mais qui s’entend très facilement. Bien que Gorr soit un assassin de divinité faisant montre d’une certaine sauvagerie, on se prend à avoir de la sympathie pour lui lorsque nous découvrons son passé. Cette sympathie va se représenter à nous lors d’un passage avec son fils en fin d’histoire. (mais no spoil, je ne dirai rien…)

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Le tour de force de Jason Aaron est de montrer que le héros, s’il avait vécu les mêmes expériences, aurait très bien pu devenir ce qu’il combat.

Ces antagonistes ne sont pas de simples opposants, mais sont véritablement complémentaires au héros. Comme ils vont le pousser dans ses retranchements, celui-ci va devoir chercher au plus profond de lui pour vaincre. Ces opposants sont tellement travaillés qu’ils peuvent faire l’objet de titres indépendants.

Wilson Fisk et Bullseye dans le « Punisher Max » vont mettre Franck Castle à rude épreuve. Par leur profondeur d’écriture et leur ingéniosité, nous sommes happés dans leurs têtes pour participer à la traque de Franck Castle (je précise au cas où vous vivriez à l’âge de pierre, il est le Punisher. Pas Pierre mais Franck).

Bullseye est ici un personnage secondaire, mais tellement fort et impliqué qu’on veut le voir réussir à trouver le Punisher (Franck pas Pierre, vous suivez toujours?) pour les voir s’affronter. Il est l’Omega du Punisher, ce qui m’amène à une transition (facile, OK je te l’accorde. Bon OK elle est dégueulasse) sur un autre personnage qui m’a surpris et touché sous les traits de Aaron : Quentin « Kid Omega » Quire, dans « Wolverine and the X-Men ».

Il fut créé comme un antagoniste des X-Men par Grant Morrison dans les « New X-Men », mais fut repris sous la plume de J.Aaron, comme un allié puissant des mutants. Tout au long du run, nous allons le voir grandir, évoluer, et devenir l’aide la plus saugrenue mais la plus efficace du célèbre griffu mal léché (je traduis ou vous avez compris qu’on parle de Wolverine, et pas de Pierre). Cette association contre-nature va nous livrer des situations détonantes et improbables, ou chacun va apprendre de l’autre comme un élève apprend de son maître et celui-ci de son élève. Ce run a eu un écho particulier pour moi, car il m’a renvoyé à nombre de situation que j’ai vécu. Je me suis rapidement glissé dans la peau de Logan, en formateur de jeunes recrues, bien maladroit mais armé de bonnes intentions, de rudesse et d’une certaine détermination. J’ai ri de lui, et par la même de moi. Les jeunes de recrues bien que mutantes ne m’ont pas été étrangères.

Quire sous Morrison était insupportable et détestable, mais à la fin du run de Aaron, il est devenu magnanime et étonnamment responsable.

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Voilà, en fin d’article on est intime maintenant, donc on se tutoie si t‘es d’accord. Tu viens de découvrir pourquoi, je trouve que Jason Aaron est un auteur exceptionnel.

Je ne peux pas te laisser partir sans vraiment mettre en lumière mes deux….. runs préférés. (à quoi pensais-tu avec ton esprit salace?)

Le premier est « Thor Le Massacreur de Dieux ». Une épopée à travers le temps dans laquelle Thor va affronter un être qui massacre l’ensemble des panthéons divins et qui va se jouer de lui aux travers de trois époques différentes (l’âge de Pierre… OK j’arrête avec cette vanne douteuse). Les trois Thor (du passé, du présent et du futur) vont faire front commun contre Gorr dont les motivations sont extrêmement claires et compréhensibles. Thor l’Impétueux (passé, jeunesse), Thor le Confiant (présent, maturité), et Thor le Brisé (futur, vieillesse) vont mettre leur égo de côté pour mettre un terme aux agissements de Gorr le Massacreur de Dieux. Le tout est dessiné par Esad Ribic, et autant te dire que c’est magnifique. Ce récit est un chef d’œuvre, il est l’oeuvre incontournable à lire de Thor sur laquelle s’est appuyé (un peu) Taika Waititi pour écrire son Thor Ragnarök (oui avec Planète Hulk, on sait mais là c’est moins évident). Si tu ne dois lire qu’un récit de Thor, c’est celui-ci sans hésiter.

Le second est « Wolverine and The X-Men ». Suite à « Schism », Wolverine devient directeur de l’école pour jeunes mutants, et souhaite instruire ces derniers en suivant les préceptes de Charles Xavier. Seulement Logan n’est pas le plus pédagogue des enseignants ni le meilleur gestionnaire. Aidé par Kitty « Shadowcat » Pryde, et Hank « The Beast » Mc Coy, il va reprendre  en main l’école et la rebâtir. Mais le club des damnés et autres ennemis des X-Men vont pointer le bout de leur nez, et rien ne va se passer comme prévu. Mais aucune mission n’est trop difficile pour celui qui est « le Meilleur dans sa partie ». En revanche son côté brut de décoffrage et sa volonté de protéger les jeunes vont aboutir à toute une série de situations aussi épiques que rocambolesques dont les protagonistes vont sortir grandi.

Mon libraire (coucou Momie BD LYON) m‘en a parlé comme quelque chose de génial, de frais. Je n’étais pas spécialement emballé par le pitch, à cause du côté teenage, mais je lui ai fait confiance. Et grand bien m’en a pris, car j’ai ri devant certaines planches. Jason Aaron a su trouver le parfait compromis entre légèreté et gravité. Ce dosage précis m’a rappelé ce que j’avais ressenti en visionnant « Scrubs » (la série TV avec JD, Turk, Kelso, Cox etc.), où l’humour permettait d’aborder tous les sujets même les plus grave.

Pour les connaisseurs des X-Men, l’école est devenue une immense salle des dangers… Les élèves comme les professeurs ne sont nul part à l’abri. Les Bampfs sont partout et seul le whisky peut les calmer (d’ailleurs, spéciale cassedédi à eux, ils déchirent)…

Pour apprécier pleinement ce run, et c’est là son seul défaut, il faut avoir lu « Schism » et « AvX » (t’as compris ? Sinon remonte en début d’article).

Voici les deux runs à offrir ou se faire offrir pour Noël.

Merci à Martin

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