X-Men Grand Design est une oeuvre marginale et assez inédite dans le paysage de la bande dessinée américaine. Elle est la madeleine de Proust de Ed Piskor, fan des X-Men depuis toujours et qui a souhaité compiler les plus grandes aventures de ces personnages dans un ouvrage. La question que l’on peut donc se poser est : est-ce que cette ouvrage dispose d’un intérêt par rapport à des intégrales par exemple ? C’est ce que l’on va essayer de débriefer dans cet article.

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Une narration qui ne fonctionne pas !

Sur le papier l’intention est louable. Passer au crible les débuts des X-Men pour leur rendre hommage en synthétisant leurs aventures. Ca semble tentant dit comme cela, que ce soit pour les lecteurs aguéris ou bien ceux qui souhaiteraient découvrir les personnages (comme moi). Sauf que l’exécution est, à mon sens, très loin d’être au niveau. Déjà il faut le dire, le tome n’est absolument pas fait pour les nouveaux lecteurs ! Bien que Piskor reparte de la création de l’équipe il doit parler de tellement de choses que tout est en accéléré. Il ne prend le temps pour rien, que ce soit pour développer les protagonistes, les intrigues (à part peut-être celle du Phénix Noir) ou les thèmes de la série. On est donc balancés dans une succession d’exposition sur les personnages et leurs actions qui n’est pas très digeste. Par contre j’imagine qu’un lecteur connaissant ces histoires doit prendre son pied en les lisant et en notant les deux petits easter eggs laissés ci et là.

Un autre point qui ne fonctionne pas vient de la manière qu’a Piskor de raconter son histoire. Là où des intégrales montrent les chapitres tels qu’ils ont été publiés, ici il a remanié toutes les intrigues pour les concentrer au maximum. Mais qui dit concentration veut dire que chaque case est précieuse pour caser le plus d’informations possibles. Et donc on arrive à une constatation qui est que tout les actions des personnes sont explicités et non montrées (l’inverse du « show don’t tell »). Tout se passe dans les encarts de narration (voir image ci-dessous), les illustrations ne sont présentes que comme une aide visuelle et pratiquement jamais on ne verra quelque chose de marquant dans celles-ci. En plus d’être extrêmement dommage ça rend le tome très lourd et chiant. Le seul parallèle qui me viennent c’est que j’ai eu droit à une page Wikipedia illustrée. C’est magnifiquement illustrée mais ça reste une page Wikipedia, niveau intrigue et suspense on a vu mieux quand même.

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Un travail d’illustration sublime mais inutile

Comme je l’ai dit juste au dessus, je suis extrêmement déçu que les dessins de Piskor n’aient pas une réelle importance dans cette oeuvre. Déjà parce que la bande dessinée est une oeuvre visuelle donc à un moment il faut laisser les dessins s’exprimer. Mais aussi parce que tout est beau dans ce qu’il nous propose et qu’on aurait pu avoir quelque chose de sublime si seulement il leur avait laissé un peu plus de place. Toute l’oeuvre a un certain grain, comme les vieux films en pellicule et comme si les planches avaient été ressorties d’un placard après plusieurs années. On a par exemple aucune illustration en pleine page, je me suis senti étouffé par le découpage qui ne bouge jamais et qui ne permet jamais de prendre de la hauteur. C’est vraiment dommage.

L’édition m’a tué

Jusqu’ici on était sur un avis subjectif comme d’habitude et vous auriez tout à fait raison d’avoir apprécié ce tome au contraire de moi. Par contre là où pratiquement tout le monde s’accordera je pense c’est sur le travail d’édition de Panini. Je ne lis pas de Marvel donc je suis rarement dans le débat pour venir taper sur l’éditeur (à tort ou à raison) mais je viens un peu de comprendre le ressentiment que les lecteurs réguliers peuvent avoir. Panini propose un ouvrage extrêmement grand, plus grand que le Batman de Marini, et donc qui ne tient pas debout dans une bibliothèque (mais soit c’est pas le plus important). Ça n’est d’ailleurs pas important car à cause de sa couverture souple il n’aurait pas tenu debout. Car oui, pour 26€ et 120 pages tout ce que Panini propose c’est une couverture souple ! Je n’ai pas compris ce choix, j’ai failli ne pas prendre le livre à cause de cette raison d’ailleurs. Déjà 26€ pour du souple c’est ultra cher mais quand en plus le tome ne contient que deux chapitres du Grand Design de Piskor, une galerie de dessins d’enfants et le X-Men #1 recolorisé ça passe vraiment pas du tout. Au final on a donc moins de 100 pages inédites pour 26€. Dois-je ajouter à quelque chose ou le message est-il clair ?

Allez pour ne pas passer pour un rabas joie complet, j’ajouterais tout de même que la qualité du papier est vraiment très bonne. Malgré tout cela ajoute à mon incompréhension quand au choix de la couverture. On arrive finalement sur un tome qui se voudrait prenium mais qui ne l’assume pas complètement. Un paradoxe !

J’attendais énormément de ce X-Men Grand Design pour découvrir un sous-univers qui m’attire. La déception est largement à la hauteur de mes attentes. Que ce soit au niveau de l’édition ou bien, et de manière plus dommageable, sur le contenu. La narration de Piskor m’a ennuyé au plus haut point, on a l’impression de lire une page Wikipédia avec des images. Heureusement que celles-ci sont belles et ont du cachet car sans ça la douche froide aurait été sévère. Au prix de vente de l’oeuvre je ne peux que vous conseiller de passer votre chemin malheureusement, ou en tout cas je ne conseillerais pas son achat.

Note globale WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-65 WD-Icon-65 WD-Icon-65

 

Tony met son grain de sel

Salut les amis ! Je me permets de squatter l’article de Martin pour essayer de nuancer un peu son propos.

« Un peu » seulement parce qu’on est bien d’accord sur les critères objectifs. Il y a beaucoup de narration, tout va très vite, et on a beaucoup d’exposition, surtout la première moitié qui introduit tous les personnages que l’on aime. Mais personnellement j’ai passé un très bon moment à lire, la narration est certes très présente, mais je trouve que c’est dans la lignée de ce que veux faire Piskor, en hommage au Silver Age. On (re)découvre nos héros favoris, et on a surtout une liste complète de références en fin de livre (du moins dans la VO) pour en lire plus.

Je pense au final qu’on est plus sur un problème de ressenti. L’album n’est définitivement pas une porte d’entrée à l’univers, mais définitivement une lettre d’amour à un pan de l’histoire Marvel extrêmement riche. Alors si vous êtes fan de nos mutants préférés, foncez, ça va forcément vous plaire. Au lieu d’apporter de nouveaux lecteurs, ça m’aura au moins donné envie de me (re)plonger dans les vieux X-Men.

 

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