Pour une première review sur le blog, j’aurais pu t’entraîner, cher lecteur, en terrain connu, à Gotham ou de toile en toile à Manhattan. Mais au lieu de cela, je te propose plutôt de découvrir un univers futuriste (yeah !), liberticide (euh…) et aux gouvernements tyranniques.

En effet, ce premier tome de la saga Lazarus (paru en 6 tomes chez Glénat Comics), nous emmène au cœur d’une dystopie. Ce type d’œuvre présente, en règle générale, un futur proche, à l’exact opposé de l’utopie, à savoir sombre, où de nombreux espoirs se sont avérés perdus, et où la démocratie est le plus souvent aux abonnés absents. Tu as forcément lu / vu une adaptation ou, tout du moins, entendu parler d’une dystopie, à tel point que la Pop Culture en est parsemée. 1984 de George Orwell, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury, Le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley etc. etc… ces ouvrages références sont tous des dystopies restées fameuses pour leur message en sous texte, sur la privation de libertés, la passivité de la population, les dérives totalitaires. Mais qu’en est-il, pour revenir à nos bulles, des comics et de Lazarus ? J’y viens.

La Sainte Trinité des dystopies, des futurs très loin d’être parfaits

La famille, c’est sacré

Le postulat de départ de Lazarus, présenté en quatrième de couverture est simple : un monde divisé désormais entre différentes familles, et non plus de gouvernements, reposant le pouvoir de l’argent, et stratifié autour d’une société de castes. Chacun a sa place, sans possibilité de mobilité. Les membres de ces familles gouvernantes ont droit de vie et de mort sur les populations vivant sur leurs territoires (qui a dit Ancien Régime ?), quand bien même ils ne représentent que 5 ou 6 individus sur des terres s’étendant sur des milliers de kilomètres carrés. D’autre part, leurs collaborateurs les plus proches et surtout les plus utiles sont qualifiés de « serfs », et enfin, l’immense majorité de la population est qualifiée de « déchet », ambiance n’est-ce pas ?

Ce premier tome nous présente ce système en s’attardant sur la famille Carlyle, dont on comprend assez rapidement qu’elle « règne » sur les Etats-Unis, ou plutôt ce qu’il en reste. Au sommet, le patriarche, Malcolm, administrant cet immense territoire d’une main de fer, avec pour plus proches conseillers ses 5 enfants. Chacun possède son caractère propre, plus ou moins archétypal, mais je laisse au futur lecteur le soin de découvrir le caractère bien trempé de certains des protagonistes. Mais au sein de cette famille, où des luttes de pouvoir et d’influence vont forcément finir par émerger, une « anomalie » s’intègre.

Lazarus 1
Forever, bras armé de la famille Carlyle, simple machine à tuer ou en quête d’identité ?

La petite dernière, Forever (Eve pour les intimes), occupe le poste de Lazare de la famille (d’où le titre de l’œuvre). Le Lazare, pour chacune de ces familles despotiques, est « la main qui frappe et le bouclier qui protège ». Sorte de super-soldat génétiquement modifiée, conditionnée pour être rompue au combat, dépourvue (en apparence) d’émotion, Forever, va, en dépit de cette « inhumanité », occuper le premier plan de ce récit, notamment au travers des interactions qu’elle va nouer avec les autres membres de sa famille, bien plus humains pour leur part, aussi bien dans leurs bons, que dans leurs mauvais, voire même pires aspects.

Greg et les femmes

Du rôle de simple pion, tout l’enjeu tourne autour de ce personnage clé et sa progressive construction identitaire, au-delà de son aspect froid de simple machine à tuer. Et là, on ne peut, pour ce premier tome, que saluer le travail de Greg Rucka, qui loin d’en avoir soupé des femmes fortes depuis son run sur Wonder Woman, nous présente une alternative désincarnée de la femme fatale, dans une société tout aussi déshumanisée. On peut d’ailleurs noter la volonté de l’auteur, pour tisser la toile de son univers, de mettre en avant les querelles intestines de la famille Carlyle, avant d’ouvrir vers les relations vers l’extérieur en fin de tome. Le vase clos fonctionne parfaitement ici, avec Forever en observatrice, qui se retrouve presque dans la même position que le lecteur (les superpouvoirs et la plastique parfaite en plus). Et pour l’aspect graphique, quoi de mieux pour Rucka, que de confier son bébé à Michael Lark, avec lequel il a collaboré notamment sur Gotham Central. Ici le duo fonctionne à nouveau parfaitement, le trait anguleux, sans fioritures de Lark, surtout sur les visages, met en avant l’absence d’humanité, dans tous les sens du terme, de ses protagonistes, le tout dans des tons bleus et presque sans couleurs chaudes, renforçant l’aspect sombre, manichéen et donc dystopique du titre.

Lazarus 5
Le dessin froid de Michael Lark renforce le côté « humanoïde » de Forever

Tous (in)humains ?

Et là on touche au gros point fort de Lazarus, à mon sens, à savoir le questionnement fait au lecteur : cette héroïne, dont on apprend qu’elle a été programmée génétiquement avant même sa naissance, et qui a été « réparée » à plusieurs reprises au fil de ces nombreux combats, blessée voire cliniquement morte (d’où le titre de Lazare, référence au personnage biblique du même nom) est-elle une humaine transformée en robot de par son conditionnement, ou bien une machine créée de toute pièce qui va se découvrir plus humaine que ses semblables ?

Rucka ouvre la porte sur le sujet dans ce tome un, au lecteur de la franchir pour en tirer sa propre interprétation, et sache, cher lecteur, si tu es hésitant à la lecture de ce billet déjà beaucoup trop long, que Glénat Comics met en vente ce tome un pour 10 euros jusqu’à la fin de l’année. Mais à titre personnel, amateur d’univers fatalistes où les sociétés peuvent dériver à tout moment vers la tentation autoritaire, je ne saurais que trop te conseiller la lecture de ce premier tome de Lazarus.

         Note globale  téléchargement

 

 

 

2 réflexions sur “Lazarus #1 : Comics Review

  1. Y’a que moi qui ait beaucoup de mal avec le dessin de Larck? C’est terrible, je reconnais que c’est une des meilleures séries comics de ces dernières années mais comme pour à peu près tous les Alan Moore je reste sur le bord à cause des dessins…

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