Bonjour cher(e) passionné(e) de littérature, installe toi confortablement dans ton canapé, ta chaise de bureau ou l’endroit privilégié où tu poses tes fesses. Prépare toi à un déluge d’éloges dans cette review. Je suis heureux et j’espère que tu l’es également car depuis vendredi tu peux trouver en librairie le premier tome de la nouvelle série de Jeff Lemire publié chez Image. Un Lemire où il s’exprime le mieux quand il peut raconter l’histoire qu’il a envie et sans contrainte. Quand en plus de cela il reforme son duo avec Andrea Sorrentino, avec qui il a travaillé sur Green Arrow et Old Man Logan, on est en droit de s’attendre à une putin de pépite. Mais ce n’est pas tout ! Oui, accroche toi bien. Ce Gideon Falls est surtout la première série horrifique de Lemire ! Est-il aussi bon là-dedans que dans ses récits habituels ?

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Gideon Falls est une petite ville des USA, sans grand intérêt à première vue. Le père Fred y est dépêché afin de remplacer son prédécesseur qui est malheureusement décédé. Il va commencer à prendre ses marques lorsqu’un meurtre va être perpétré sur l’une des membres de sa paroisse. Petit à petit il va découvrir des choses très étranges sur cette ville et ces habitants. D’un autre côté et dans une ville sans nom, un homme un peu à la dérive nommée Norton est persuadé que les déchets de sa ville renferment des indices sur des visions qu’il a depuis l’enfance. Le jeune homme, paranoïaque et récemment sorti de l’hôpital, va tenter de faire la lumière sur cette fameuse grange noire.

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Pour répondre à la question posée en introduction, Lemire sur de l’horreur qu’est-ce que ça vaut ? Et bien, comme d’habitude avec le monsieur, c’est une réussite. L’atmosphère mise en place au fur et à mesure des pages est pesante. Avec les différentes découvertes du père Jeff on est de plus en plus imprégnés par le mysticisme de cette grange et de ce qu’il s’est passé dans la ville de Gideon Falls. Que ce soit dans le passé ou dans le présent. Cela est renforcé par le fait que les seuls personnes croyant à l’existence de cette grange sont des individus très marginaux, comme Norton. Celui-ci se balade constamment avec un masque devant la bouche, fouille les ordures de la ville, suit des séances de psychiatrie qui semble absolument nécessaires. On plane donc dans le doute sur cette grange et les chapitres vont crescendo quand à sa révélation. On arrive donc le souffle court sur les dernières pages et Lemire réussit à nous prendre aux tripes.

Comme vous l’avez peut-être compris, la narration se déroule en deux parties bien distinctes, celle de Norton et celle du père Jeff à Gideon Falls. Chacune va tourner autour du mystère de la grange d’un manière légèrement différente, le représentant de l’église étant confronté plus directement à l’édifice alors que Norton est plus dans une partie d’enquête. La narration est extrêmement efficace, comme je l’ai dit on finit investis dans l’histoire et les illustrations de Sorrentino joue grandement là-dessus. Mais j’y reviendrais plus tard.

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Avant de basculer sur la partie graphique, je ne peux aborder une histoire de Lemire sans parler de ces thèmes récurrents. Ils sont encore une fois bien présents, avec en premier lieu la religion. Pas besoin d’aller chercher très loin, le personnage principal est un prêtre de l’église catholique. Lemire semble vouloir un peu entaché cette figure catholique en lui donnant des défauts et je pense qu’il aura droit à une évolution assez intéressante par la suite. Le mystère de l’oeuvre s’étend d’ailleurs également à l’aspect religieux qu’il sera intéressant de voir dans les tomes suivants. J’ai eu peur de ne pas voir le thème fort de Lemire avec la famille. Mais il fait bien son apparition avec deux personnages qui vont aider le père Jeff. On sera plus en présence d’une famille légèrement dysfonctionnelle dû à la grange noire encore une fois. Tout se greffe à celle-ci et sa présence lugubre est vraiment inquiétante.

Voilà concernant le scénario de ce premier tome, je vais maintenant passer aux illustrations. En fait ce n’est pas moi qui vais m’y coller, comme vous le savez je suis plutôt l’intellectuel de l’Atelier. Pour parler d’un art plus graphique, il vaut donc mieux quelqu’un de plus artistique, de plus bohème, de plus hyppie. Tony, c’est à toi !

Bonjour bonsoir à toutes et à tous, Tony au rapport ! Posez votre cigarette qui ne sent pas le tabac et coupez votre vinyle de Jimmy Hendrix Experience, on quitte l’ambiance 70s Woodstock pour se plonger un peu dans le monde fabuleux de l’immense artiste qu’est Sorrentino.

Alors on va pas y aller par 4 chemins, c’est tout simplement magnifique. Tout le bouquin a une espèce de côté « brouillon » (ne pas prendre ça comme une remarque négative), comme pour accentué le côté mystérieux de l’histoire : on voit des choses, mais comme si un filtre nous empêchait de voir la réalité de ce qui se passe. On alterne facilement entre les passages de narration centrés sur les personnages avec les passages plus horrifiques dans la grange (non pas le morceau des ZZ Top, j’ai dit qu’on laissait de côté les années Woodstock), qui ont une patte visuelle extrêmement différente et merveilleusement angoissante.

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Revenons d’ailleurs quelques minutes sur cette grange. Présentée au début et tout au long des chapitres de ce premier tome, elle est représentée par une espèce de masse noire imposante, inquiétante, et clairement hostile. La première vraie interaction d’un personnage avec cette grange dans le tout premier chapitre est habilement bien maîtrisé, avec un background qui donne la chaire de poule, et un dessin magnifiquement bien pensé pour nous faire comprendre la menace qu’elle apporte, ainsi que la proportion de cette menace.

J’ai hésité à mettre en image la double page de cette scène, mais le truc est tellement magnifique et d’une puissance à couper le souffle que je préfère vous laisser la découvrir par vous-même 😉

En plus de dessins à te décoller la rétine, Sorrentino fait une usage extrêmement intelligent des cadres et de la page. Tantôt très carré et très scolaire quand on parle du prêtre, totalement décousu, voire même inversé, quand on est dans la psyché de Norton, jusqu’à avoir des background extrêmement riches pour accentuer le propos dans les dessins du premier plan, on est devant un chef d’oeuvre d’une richesse absolue.

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Petit tour côté couvertures, encore une fois Sorrentino fait un boulot de dingue. Chaque cover est un petit montage d’un paysage urbain représentant un visage d’un des protagonistes de l’histoire. C’est simple, mais terriblement efficace. Et ça rejoint un concept de Lemire que j’avais beaucoup apprécié dans Royal City et que je vois se dessiner ici : la ville est un personnage aussi important que les humains de ses histoires.

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En conclusion, c’est bien Gideon Falls ? Eh bien oui. Juste oui. J’avoue ne pas être un féru d’horreur, surtout dans les comics, mais ça fonctionne parfaitement ici. Pas de slasher ou de jump scare à la Saw, mais un vrai travail d’ambiance, à la fois angoissante, mystérieuse, et glaciale. Le côté artistique est juste dingue. Un comics à mettre, pour moi, dans les mains de tout le monde. Un noob du comic book, un passionné, un amateur d’art.

Note globale WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67 WD-Icon-67

 

4 réflexions sur “Comics Review 96 : Gideon Falls

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